La violence envers les sapeurs-pompiers augmente, même en Creuse. Ce pourquoi ceux-là suivaient récemment une formation de deux jours destinée à mieux les préparer à ces situations, se protéger et désamorcer les tensions.
Les chiffres témoignent : selon l’Observatoire national des violences faites aux sapeurs-pompiers, le nombre d’agressions recensées en France a une nouvelle fois progressé l’an passé, de 1 460 en 2024 à 1 525 en 2025. Ces violences proviennent majoritairement des victimes elles-mêmes (77 % des cas), mais aussi de la famille (5 %), de tiers (14 %) ou de groupes d’individus (4 %). Dans près de 40 % des situations, les auteurs agissent sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, 14 % des agressions sont liées à des troubles psychologiques.
Face à cette réalité préoccupante, le ministère de l’Intérieur a présenté en février 2026 un plan national de prévention et de lutte contre les violences envers les sapeurs-pompiers, articulé autour de 19 mesures et de 5 axes stratégiques : mieux connaître les risques, les prévenir, se préparer, soutenir les victimes et lutter contre l’impunité.
La mesure numéro 10 concerne la formation des sapeurs-pompiers aux techniques d’autoprotection, d’évitement et de désescalade. Le préfet, Julien Marion, DG de la Sécurité Civile, qui pilote l’Observatoire national été mis en place en 2020, a particulièrement insisté sur ces points.
Une formation de prévention née sur le terrain
Sur le terrain, ce plan national se concrétise entre autres par la formation animée par Cyrille Debard, sapeur-pompier professionnel et intervenant au Centre National de la Fonction Publique et Territoriale (CNFPT), et Mickaël Chaput, ancien négociateur du GIGN. Ils sont venus tout récemment au CIS de Guéret la dispenser à 10 sapeurs-pompiers volontaires et 5 professionnels de la Creuse.
« Cela fait maintenant 5 ans que nous avons monté cette formation de prévention des agressions envers les sapeurs-pompiers ». Elle a été enrichie avec une psychologue, une référente juridique et Mickaël Chaput afin d’être proposée à d’autres départements, explique Cyrille Debard. « L’objectif n’est pas de faire des champions du combat », insiste le formateur. « Nous travaillons à partir de situations réelles, avec des gestes simples d’autodéfense, mais surtout sur l’analyse des comportements, la gestion du stress et la communication. »

Mieux comprendre pour mieux désamorcer
Au-delà des techniques physiques, la formation accorde une place importante aux mécanismes psychologiques.
« Les attentes des stagiaires, c’est souvent le cadre réglementaire, ce que j’ai le droit de faire, de ne pas faire. Ils ne savent pas comment approcher une victime, reconnaître les profils psychologiques », poursuit Cyrille Debard.
La gestion du stress constitue l’un des axes majeurs du programme. « Si vous arrivez déjà stressé sur une intervention, comment pouvez-vous désamorcer une situation tendue ? » interroge-t-il.
Pour répondre à ces enjeux, Mickaël Chaput apporte son expertise acquise entre autre lors de ses 14 années au GIGN (Groupement d’Intervention de la Gendarmerie Nationale) en tant que négociateur. « J’ai commencé à proposer cette formation aux pompiers dès 2013. L’idée était de mieux les “armer” sur les plans comportemental, cognitif et émotionnel face à l’évolution des incivilités et des agressions », explique-t-il. Les stagiaires apprennent notamment à optimiser leur communication, améliorer leur écoute, gérer leurs émotions et adapter leur comportement en fonction des situations rencontrées. Des mises en situation concrètes reproduisent les réalités du secours à personne, notamment les interventions en véhicule de secours et d’assistance aux victimes (VSAV).
Des outils pour les situations les plus sensibles
Le programme aborde également la gestion des crises suicidaires, un domaine où les premiers intervenants jouent un rôle essentiel.
« Il existe des règles précises de communication et de distance à respecter. Si l’on s’approche trop rapidement d’une personne en crise suicidaire, elle peut se sentir menacée et passer à l’acte », explique Mickaël Chaput.
Les participants sont aussi sensibilisés aux risques liés à la routine opérationnelle.
« Ce n’est pas parce que dix interventions se sont bien passées qu’il faut baisser sa vigilance à la onzième », rappelle Cyrille Debard. Les exercices pratiques s’appuient sur des scénarios inspirés de situations réellement rencontrées par les sapeurs-pompiers.

Tolérance zéro face aux agressions
Au-delà de la prévention, les formateurs insistent sur la nécessité de signaler systématiquement les violences subies.
Depuis la loi Matras, les sapeurs-pompiers sont reconnus comme agents dépositaires de l’autorité publique, au même titre que les policiers ou les gendarmes. Les outrages et violences commis à leur encontre sont donc plus sévèrement sanctionnés.
« Nous n’acceptons aucune impunité », affirme Cyrille Debard. « Dès lors qu’un pompier est victime d’un outrage ou d’une agression, nous encourageons le dépôt de plainte. Les procédures ont été simplifiées et les procureurs facilitent désormais ces démarches. » Une évolution jugée indispensable alors que les attaques contre les secours se multiplient. « Aujourd’hui, les uniformes sont parfois perçus comme des symboles de l’autorité. Les pompiers se retrouvent ciblés. Il y a encore eu récemment un pompier poignardé lors d’une intervention en couronne parisienne. »
Des réflexes pour toute une carrière
À l’issue de ces deux jours, les stagiaires repartent avec des connaissances juridiques, des techniques de protection et surtout des réflexes destinés à les accompagner tout au long de leur parcours.
« Ils repartent avec des outils concrets », résume Mickaël Chaput. « La formation n’est pas centrée sur la self-défense mais sur la gestion des émotions, du stress, de la communication et des comportements. L’objectif est de leur permettre d’agir avec davantage de sécurité, d’efficacité et de sérénité dans des situations parfois très dégradées. »
Même si en Creuse nos sapeurs-pompiers restent encore relativement épargnés – 3 signalements d’agressions verbales avérées ont été remontés à la direction générale l’an passé – ils ont régulièrement à faire face à des situations tendues qui, elles, ne font pas l’objet de plainte particulière. Ce pourquoi cette formation trouve ici toute sa justification, pour les aider à mieux gérer un stress qui peut avoir de multiples causes en intervention.
